21 février 1358 : le plus vieux document des archives municipales

Parmi plus de 3 000 mètres linéaires de documents, les archives municipales de Quimper conservent un curieux parchemin daté du 21 février 1358, de format irrégulier, portant le sceau à cire verte de la Cour de Quimper semé d’hermines. Ce document porte la cote 7 J  149.

 

Les manuscrits d’une époque aussi lointaine sont rarissimes et ils fournissent souvent aux historiens les matériaux permettant de lever, par petite touche, le voile d’oubli pesant sur le passé de la ville.

 

Il s’agit d’un acte de partage rédigé en français par le sénéchal de la Cour ducale de Quimper, maître Geoffroy de Cheff du Bois en présence du juge de la Cour civile épiscopale. L’acte fut dressé à la demande des héritiers d’Alain du Pont et de son épouse pour parvenir à une répartition de leurs biens, terres, rentes et immeubles entre leurs deux enfants: Noël du Pont et sa sœur.

 

Ce Noël du Pont n’est pas un inconnu dans l’histoire communal. Et peut-être se rattache-t-il, à l’ancienne maison du Pont-l’Abbé. Il compte parmi les habitants notables de la ville close de Quimper-Corentin à l’époque de la guerre de succession de Bretagne, épisode tumultueux de la guerre de Cent ans. On sait que la mort en 1341 du duc de Bretagne Jean II ouvre en Bretagne une guerre calamiteuse entre partisans de Jean de Montfort appuyé par Edouard VII d’Angleterre et ceux de Charles de Blois soutenu par le roi de France Philippe VI. Cette guerre de famille vaut à la ville de Quimper d’être assiégée et prise d’assaut en mai 1344 par Charles de Blois. La population quimpéroise déjà frappée par les combats du siège est bientôt décimée par une épidémie de peste noire en 1348 et 1349. Noël du Pont figure néanmoins parmi les notables et les bourgeois survivants qui s’assemblent à l’automne 1364 pour déterminer s’il fallait ouvrir la ville aux troupes du duc Jean IV de Montfort venues assiéger une nouvelle fois la cité.  

 

Cette modeste charte de 1358, traitant en premier lieu d’affaires familiales et qui a survécu à tant d’épisodes tragiques de notre histoire nous fournit plusieurs informations importantes.

 

 Elle mentionne en effet, et pour la première fois, l’existence d’une « maison communale » dans la rue des « Suors ». Cette rue des « Suors » est une variante graphique de l’ancienne « Via Sutorum », (rue des Cordonniers), voie plus connue aujourd’hui des Quimpérois sous le nom de rue Kéréon. Ce parchemin atteste ainsi de l’existence première d’un pouvoir politique municipal au cœur même de l’artère commerçante de la ville, signe que le pouvoir laïc et économique parvint à s’émanciper, au moins partiellement, du pouvoir épiscopal en cette période de guerre civile.

 

Et pour alimenter la « petite histoire cachée», notre document révèle aussi que des Quimpérois du XIVème siècle devaient fréquenter une maison de plaisirs qualifiée  sans ambages de « bordel » et située « sur un grand chemin » proche de « Maes Menechy » : secteur situé vers le bas de l’actuel rue de Rosmadec et qui abritait les plaisirs coupables et tarifés des Quimpérois du règne du duc Jean II.